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Jean-Bédel Bokassa

Jean-Bédel Bokassa (22 février 1921 – 3 novembre 1996) est un militaire et homme politique centrafricain. Il dirige la République centrafricaine de 1966 à 1976 en tant que président, puis se proclame empereur sous le nom de Bokassa Ier, à la tête de l’Empire centrafricain de 1976 à 1979. Son régime est marqué par un autoritarisme prononcé, une personnalisation extrême du pouvoir et de nombreuses controverses nationales et internationales.


Jeunesse et formation

Jean-Bédel Bokassa naît le 22 février 1921 à Bobangui, dans l’actuelle République centrafricaine, alors partie de l’Afrique équatoriale française. Son enfance est marquée par des événements tragiques : son père, chef de village, meurt à la suite d’un conflit avec l’administration coloniale, et sa mère se suicide peu après. Orphelin très jeune, Bokassa est élevé par des proches et pris en charge par des missionnaires catholiques.

Il suit une scolarité élémentaire dans des écoles missionnaires, où il acquiert une bonne maîtrise du français et une formation religieuse qui influenceront durablement son discours et sa vision du pouvoir.


Carrière militaire

En 1939, Bokassa s’engage dans l’armée française au sein des Forces françaises libres pendant la Seconde Guerre mondiale. Il sert ensuite pendant plus de vingt ans, notamment en Europe et en Indochine, où il participe à la guerre d’Indochine.

Au cours de sa carrière, il gravit les échelons et obtient le grade de capitaine. Il est décoré à plusieurs reprises pour ses services. En 1962, peu après l’indépendance de la République centrafricaine, il quitte l’armée française et rentre dans son pays.

Son cousin, le président David Dacko, le nomme chef d’état-major de l’armée centrafricaine, un poste stratégique qui lui permet de consolider son influence au sein des forces armées.


Coup d’État et prise du pouvoir (1965–1966)

Dans la nuit du 31 décembre 1965 au 1er janvier 1966, Bokassa mène un coup d’État militaire contre le président David Dacko. Il justifie son action par la corruption du régime, la mauvaise gestion économique et la menace d’instabilité nationale.

Le coup d’État se déroule sans affrontements majeurs. Bokassa suspend la Constitution, dissout l’Assemblée nationale et se proclame président de la République. Le pouvoir est dès lors fortement centralisé et appuyé sur l’armée.


Présidence de la République (1966–1976)

Durant sa présidence, Bokassa instaure un régime autoritaire. Les partis politiques sont neutralisés, l’opposition réprimée et la vie politique étroitement contrôlée. Il développe un culte de la personnalité, se présentant comme le chef incontesté et le « père de la nation ».

Son régime bénéficie d’un soutien important de la France, tant sur le plan politique que militaire et financier. Malgré quelques projets d’infrastructures et des efforts symboliques dans l’éducation et l’administration, la situation économique du pays se dégrade, en raison notamment de la corruption et des dépenses personnelles du chef de l’État.

Bokassa est également connu pour son comportement imprévisible, ses remaniements gouvernementaux fréquents et la sévérité de ses sanctions à l’encontre de ses opposants réels ou supposés.


Proclamation de l’Empire centrafricain (1976-1979)

En décembre 1976, Bokassa abolit la république et proclame l’Empire centrafricain. Il se fait couronner empereur Bokassa Iᵉʳ lors d’une cérémonie fastueuse en décembre 1977, inspirée du sacre de Napoléon Iᵉʳ.

Le coût élevé de cette cérémonie, dans un pays parmi les plus pauvres du monde, suscite de vives critiques à l’étranger et accentue le mécontentement intérieur. Le régime impérial renforce encore la concentration du pouvoir et isole progressivement le pays sur la scène internationale.


Chute du régime et exil (1979)

À la fin des années 1970, la situation politique devient de plus en plus instable. Face aux violations des droits humains et à l’impopularité croissante de Bokassa, la France retire son soutien.

En septembre 1979, profitant de l’absence de Bokassa à l’étranger, une intervention soutenue par la France met fin à l’Empire centrafricain et rétablit David Dacko au pouvoir. Bokassa s’enfuit et s’exile, notamment en Côte d’Ivoire et en France.


Retour, procès et emprisonnement

En 1986, Bokassa retourne volontairement en République centrafricaine, où il est immédiatement arrêté. En 1987, il est jugé pour de nombreux chefs d’accusation, dont des meurtres, des détournements de fonds et des abus de pouvoir.

Il est d’abord condamné à mort, peine ensuite commuée en réclusion à perpétuité, puis réduite à une peine de prison à durée déterminée. En 1993, il bénéficie d’une amnistie générale et est libéré.


Fin de vie et mort

Après sa libération, Bokassa mène une vie discrète à Bangui, à l’écart de la vie politique. Personnage toujours controversé, il conserve néanmoins quelques partisans.

Jean-Bédel Bokassa meurt le 3 novembre 1996, à l’âge de 75 ans. Il est enterré dans la capitale centrafricaine.


Héritage

Jean-Bédel Bokassa reste l’une des figures les plus controversées de l’histoire africaine contemporaine. Son règne est souvent cité comme un exemple extrême de dérive autoritaire et de personnalisation du pouvoir dans l’Afrique postcoloniale. Son parcours illustre également les relations complexes entre les anciennes colonies africaines et leurs anciennes puissances coloniales.

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